Perspectives économiques 2026-2027 : la croissance résiste, mais l’investissement peut tout changer

Échec de l’accord entre l’Iran et les États-Unis, détroit d’Ormuz toujours perturbé, remontée des taux : la rentrée confirme l’installation d’une crise durable.

Le 15 septembre, Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste et associée de BDO, présentait les nouvelles perspectives économiques pour 2026-2027. Son constat : la croissance mondiale résiste, mais les écarts se creusent entre les économies. Et l’investissement pourrait bien être la variable qui fera la différence.

5 chiffres pour comprendre la rentrée économique

  • ≈ 3 % : croissance mondiale.
  • 0,9 % : croissance zone euro en 2026.
  • 0,5 % : croissance France en 2026.
  • 1,4 % : investissement zone euro en 2026 (contre 2,2 % prévus en mars).
  • 60 Md€ → 100 Md€ : l’évolution possible de la charge de la dette française entre 2025 et 2030.

D'un choc passager à une crise longue

Il y a quelques mois encore, l’hypothèse d’un retour rapide à la normale restait ouverte. Désormais, les perturbations du détroit d’Ormuz s’inscrivent dans la durée. Les marchés intègrent donc un environnement où le coût de l’énergie pourrait rester durablement plus élevé.

Le choc ne s’arrête pas à la facture énergétique. Il se diffuse progressivement dans l’économie : d’abord dans les coûts de production, puis dans les prix des biens et services et, à terme, dans les salaires.

Pour les entreprises, cela signifie une pression supplémentaire sur les coûts et les marges. Pour les investisseurs, davantage d’incertitude. Et pour les banques centrales, un exercice particulièrement délicat : comment contenir une inflation venue de l’extérieur sans freiner davantage une économie déjà fragile ?


Une économie mondiale qui tient...mais pas partout de la même façon

Malgré ces tensions, la croissance mondiale devrait rester proche de 3 %. Les entreprises ont notamment appris à adapter leurs chaînes de valeur après les crises successives.

Les États-Unis continuent de jouer un rôle moteur, avec une croissance attendue de 2,3 % en 2026 et 2,2 % en 2027. L’investissement, notamment dans l’intelligence artificielle, reste un important soutien à l’activité. Mais là aussi, le rythme ralentit. Les montants investis dans l’IA sont considérables et soulèvent désormais une question simple : quel sera le rendement de ces investissements ? Dans un contexte plus incertain, les investisseurs deviennent plus prudents.

C’est un premier enseignement : la croissance résiste, mais elle ne peut pas être considérée comme acquise.


Zone euro : quand croissance faible et inflation élevée se rencontrent

Avec 0,9 % de croissance en 2026 et 1,2 % en 2027, la zone euro est la grande économie qui ralentit le plus. Elle cumule une croissance faible et une inflation élevée, faisant émerger un risque de stagflation.

Pour la Banque centrale européenne, le défi est d’éviter que la hausse du prix de l’énergie n’alimente davantage l’inflation. Or, les taux d’intérêt ont une portée limitée face à un tel choc. Ils peuvent freiner la demande et rendre le crédit plus coûteux, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de faire baisser les prix de l’énergie. Et c’est précisément là que l’investissement devient déterminant.

La progression de l’investissement dans la zone euro est désormais attendue à 1,4 % en 2026 et 1,9 % en 2027, contre plus de 2,2 % anticipés en mars.

Pour Anne-Sophie Alsif, cette évolution explique en partie l’écart de croissance avec les États-Unis et la Chine : les économies qui continuent d’investir disposent davantage de leviers pour préparer leur croissance future.


France : le ralentissement se joue aussi sur l'investissement

La France devrait enregistrer 0,5 % de croissance en 2026 puis 0,7 % en 2027.

La consommation des ménages continue de soutenir l’activité, mais elle ralentit avec la hausse des coûts de l’énergie. Le niveau d’épargne reste toutefois élevé, ce qui permet aux ménages d’absorber une partie du choc.

Le principal point de fragilité est cependant l’investissement. En 2026, sa contribution à la croissance serait négative. Pourquoi les projets sont-ils reportés ? 

  1. Le manque de visibilité

Dans un environnement économique et institutionnel incertain, entreprises, ménages et acteurs publics peuvent préférer attendre avant de prendre des décisions engageant plusieurs années.

  1. Le poids de la dette

À cela s’ajoute le poids de la dette. La charge d’intérêts représente déjà plus de 60 milliards d’euros et pourrait atteindre 100 milliards d’euros en 2030. Une hausse qui réduit mécaniquement les marges de manœuvre disponibles pour financer de nouveaux investissements.

Pour autant, le scénario présenté n’est pas celui d’un investissement durablement à l’arrêt. Un rebond est attendu en 2027, notamment avec la reprise de projets aujourd’hui différés. La question sera surtout de savoir si ce rebond sera suffisamment important pour financer les transformations à venir.


Ce que cela change pour les entreprises

  • Les financements restent accessibles, mais plus chers. Il n’y a pas de crise de liquidité : les banques continuent de prêter, mais à des conditions plus coûteuses. Le sujet est donc le coût du financement, plus que son accès.
  • Les marges sont en première ligne. Les entreprises confrontées à la hausse des coûts énergétiques réduisent d’abord leurs marges pour éviter de répercuter immédiatement toute la hausse sur leurs prix. Le taux de marge des entreprises françaises est ainsi attendu à 31,6 % en 2026. Si la situation se prolonge, les entreprises pourraient être contraintes de relever leurs prix.
  • Les défaillances progressent dans plusieurs secteurs. Construction, commerce, automobile, hébergement-restauration et services aux entreprises concentrent une part importante des défaillances. L’industrie est également touchée, alors qu’un emploi industriel détruit en entraîne trois dans les services.
  • L’adaptation devient la norme. Adapter ses chaînes d’approvisionnement, sécuriser ses coûts énergétiques ou revoir ses priorités d’investissement ne relève plus seulement de la gestion de crise. C’est devenu un enjeu de stratégie.

Une Europe qui risque de se fragmenter

Le risque identifié n’est pas seulement un ralentissement général de l’Europe, mais une fragmentation croissante entre les économies. Certains pays, notamment l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, ont davantage misé sur l’investissement pour soutenir leur croissance. D’autres, comme la France, disposent de marges de manœuvre plus limitées et voient leur activité ralentir davantage.

  • L’Espagne et l’Italie montrent d’ailleurs qu’un investissement bien orienté peut produire des effets durables : leurs plans post-Covid ont soutenu des secteurs comme les énergies renouvelables, l’automobile ou l’électronique.
  • Le Royaume-Uni offre quant à lui un autre point de comparaison avec la France. Désindustrialisés tous deux, il affiche pourtant une croissance d’environ 1 %. Son nouveau gouvernement mise sur le pouvoir d’achat, la décentralisation et la réindustrialisation, avec un plan pour attirer les investissements privés dans des secteurs stratégiques à l’horizon 2035. Le pays fait ainsi le pari de l’investissement pour relancer sa croissance, malgré une inflation elle aussi autour de 3 % et des taux d’intérêt élevés. Hors zone euro, le Royaume-Uni emprunte d’ailleurs à des taux égaux ou supérieurs à ceux de la France.

Face à la concurrence internationale, l’Europe dispose d’un atout : son potentiel en matière d’énergie décarbonée. Mais, comme le souligne Anne-Sophie Alsif, transition énergétique et réindustrialisation doivent avancer ensemble. Investir dans une énergie moins carbonée n’aura pas le même effet économique si la demande industrielle ne suit pas.


2027 : le rebond suffira-t-il ? 

Le scénario prévoit une amélioration en 2027, notamment grâce au redémarrage de projets aujourd’hui reportés dans l’attente des élections présidentielles.

Ce rebond ne règle pas la question de fond : les économies européennes investiront-elles suffisamment pour préparer leur avenir ? En France, cela passe notamment par l’intelligence artificielle, l’électrification, la réindustrialisation et l’adaptation au vieillissement de la population.

Dans un contexte d’énergie plus chère, de taux élevés et d’incertitude, réduire l’investissement peut protéger les marges à court terme. Mais investir reste indispensable pour préparer la croissance de demain.


3 QUESTIONS A ANNE-SOPHIE ALSIF 


Parce qu’elle agit à plusieurs niveaux : elle renchérit le financement des entreprises, augmente la charge de la dette des États et peut conduire les investisseurs à reporter certains projets. Elle intervient en outre dans un contexte où l’incertitude sur l’énergie et les perspectives économiques reste élevée.

L’un des freins est le manque de visibilité politique. Les marchés intègrent notamment le risque d’une absence de majorité absolue après la présidentielle, ce qui pourrait compliquer la mise en œuvre de certaines réformes.

Le second frein est la charge de la dette : plus de 60 milliards d’euros par an, l’équivalent du budget de l’Éducation nationale, et potentiellement 100 milliards en 2030. Un rebond de l’investissement est attendu en 2027, mais sera-t-il suffisant pour financer les transitions ?

Dans un environnement où les coûts, les taux et l’incertitude restent élevés, l’enjeu est moins de savoir s’il faut investir que de déterminer où investir, à quel rythme et avec quelle visibilité.

Perspectives économiques 2026-2027

Perspectives économiques 2026-2027

La croissance mondiale résiste, mais les écarts se creusent entre les économies. Et l’investissement pourrait bien être la variable qui fera la différence.