Pauline Oriot

Directrice au sein du département Advisory chez BDO

Pauline Oriot

Après des débuts en tant qu’auditrice, Pauline Oriot se tourne vers le restructuring. A travers des prises de responsabilités rapides et des changements d’environnements, elle a façonné une trajectoire de carrière inspirante. Elle est aujourd’hui directrice Restructuring au sein du département Advisory de Bordeaux. Dans cet entretien, elle revient sur les étapes marquantes de son évolution professionnelle, les soutiens qui l’ont portée et les réalités auxquelles les femmes sont encore confrontées dans l’accès aux postes de direction.

Qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui dans votre métier ?

La première chose, c’est la stimulation intellectuelle. En restructuring, nos missions sont courtes, il y a très peu de routine, il faut à chaque fois se plonger dans un nouveau sujet et comprendre rapidement les problématiques du client, son modèle d’activité et identifier l’origine de ses difficultés.

On est amené à travailler sur des situations complexes, dans des contextes de trésorerie très difficile. Là, on voit vraiment l’utilité de notre métier.

La deuxième chose, ce sont les relations humaines. Je suis fière d’avoir réussi à monter une équipe de personnes dynamiques, compétentes et qui ont plaisir à travailler ensemble. Fière également d’avoir créé un réseau de prescripteurs fidèles (administrateurs judiciaires, conseils, etc.).

Quels défis avez-vous relevé dans votre carrière ?

En 2017, je souhaitais quitter Paris pour Bordeaux. Henri Calef, mon associé, m’a alors proposé d'y développer la BU restructuring de notre ancien cabinet. J’avais 29 ans, seulement deux ans d’expérience en restructuring, j’étais une femme jeune dans un monde d’hommes plus âgés, sans expérience commerciale et, qui plus est, non Bordelaise. Il n’y a qu’Henri qui croyait en ma réussite à l’époque, même moi je n’aurais pas misé un billet.

Finalement, cette prise de risque a payé.

Quelques années plus tard, Henri, qui avait rejoint Advance Capital un an plus tôt, m’a proposé un défi d’une autre envergure : monter un cabinet Advance à Bordeaux. La marque n’était pas connue localement, ça allait être plus difficile de développer le portefeuille. Rejoindre un plus petit cabinet, c’était aussi m’exposer davantage, j’allais devoir afficher des résultats rapidement.

Le dernier défi que j’ai rencontré, c’est la naissance de mon deuxième enfant, qui est arrivé avec six semaines d’avance. J’ai dû arrêter de travailler brutalement, nous n’avions pas eu le temps de faire correctement les passations sur mes dossiers en prévision de mon congé maternité. Ses premières semaines de vie ont été compliquées pour moi, je n’ai pas pu déconnecter totalement. 

Quels soutiens avez-vous reçu au cours de votre carrière ?  

Celui de ma compagne bien-sûr, qui ne travaille pas dans le même secteur et m’apporte un autre regard sur mon environnement professionnel. Et Henri Calef, mon associé de cœur, qui me pousse à aller toujours plus loin depuis treize ans.

A contrario, quels freins avez-vous rencontré ?

En fait, ce ne sont pas des freins explicites. Par exemple, ça va être des clients ou des prescripteurs qui calent des réunions à 7h, après 18h ou même le weekend en partant du principe que tout le monde sera disponible. Souvent, 80% voire 90% des participants sont des hommes dans la cinquantaine. Je suis la seule à dire quand je ne suis pas disponible sur ces horaires car je dois m’occuper de mes enfants. Ça stigmatise. Les réunions devraient être organisées dans le créneau sanctuarisé 9h – 18h, ou a minima mettre les formes pour proposer des horaires moins conventionnels.

Parfois, ce sont aussi des petites remarques, pas intentionnellement désagréables, mais qui te ramènent insidieusement à ta condition de femme. Par exemple, ça va être un partenaire que je croise à un événement professionnel un soir et qui s’étonne de me voir là alors que j’ai un enfant en bas âge. Je pense qu’il n’aurait jamais fait cette remarque à un jeune papa.

L’autre point, ce sont les freins qu’on a nous-même intégrés en tant que femme. Quand je suis arrivée à Bordeaux, j’ai accepté la baisse de salaire que mon ancien cabinet m’a imposée du fait des grilles salariales. En discutant avec un collègue homme, qui avait lui aussi fait la bascule Paris – Bordeaux, j’ai appris qu’il n’avait pas eu une telle baisse de salaire parce que, contrairement à moi, il avait négocié. C’est assez symptomatique, je trouve, des traits de caractère qu’on a intégrés en tant qu’homme ou femme, j’avais été plus conciliante.

Le véritable sujet est souvent celui de la projection et de la capacité à s’identifier à des personnes dirigeantes : pouvoir se reconnaître dans des trajectoires variées et comprendre qu’il n’existe pas un seul modèle pour accéder à des postes de direction. Je pense qu’en encourageant cette diversité, les entreprises contribueront à lever les freins que l’on peut parfois s’imposer à soi-même.


Pauline Oriot

Selon vous, qu’est-ce qui éloigne encore les femmes des postes de direction ?

Le véritable sujet est souvent celui de la projection et de la capacité à s’identifier à des personnes dirigeantes : pouvoir se reconnaître dans des trajectoires variées et comprendre qu’il n’existe pas un seul modèle pour accéder à des postes de direction. Je pense qu’en encourageant cette diversité, les entreprises contribueront à lever les freins que l’on peut parfois s’imposer à soi-même.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes collaboratrices ?

Je me dis souvent « Que ferait un homme dans ma situation ? ». Avec ce prisme-là, tu te mets moins de barrières. Par exemple, pour l’association, si je vois les choses du point de vue d’un homme, je me dis qu’il faut foncer, alors que spontanément j’ai plus de freins.

Je leur dirais également de ne pas s’auto-censurer. Si on veut faire bouger les choses, c’est aussi à nous de prendre notre place.

Et enfin, d’avoir une solidarité marquée entre femmes.

Est-ce que vous parvenez à trouver un équilibre entre vies professionnelle et personnelle ?

J’ai réussi à me construire des sortes de forteresses imprenables : le lundi soir je joue au squash, les autres soirs j’essaie d’être chez moi à 18h30 pour voir mes enfants et je ne travaille pas le week-end. Les journées sont denses, je fais en sorte de ne pas perdre de temps pour m’en dégager le soir justement.

Selon les périodes, ça m’arrive de rallumer l’ordinateur après que les enfants sont couchés, mais ma compagne est là pour me rappeler à l’ordre quand je déroge trop durablement à la règle.